La Tunisie lance sa révolution « bâtiments verts » à la COP30
Dans le cadre bouillonnant de la 30e Conférence des Parties sur le climat (COP30), la Tunisie, représentée par l’Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), a mis en lumière une initiative phare : le Programme pour l’Efficacité Énergétique dans les Bâtiments (PEEB COOL). Présenté comme un pilier de l’adaptation au réchauffement climatique, ce programme vise spécifiquement à transformer le parc bâti pour faire face aux besoins croissants en refroidissement, tout en réduisant l’empreinte carbone du secteur.
Intervenant lors d’un side-event jeudi 13 novembre, le directeur général de l’ANME, M. Nefaâ Bakari, a placé le PEEB COOL au cœur des discussions sur le financement climatique. Son plaidoyer s’est articulé autour de l’Article 6 de l’Accord de Paris, un mécanisme clé permettant une coopération internationale volontaire via, entre autres, les marchés carbone.
« L’Article 6 ouvre des perspectives de financement cruciales pour l’efficacité énergétique dans le bâtiment », a affirmé M. Bakari, en s’appuyant sur l’expérience concrète du PEEB COOL. Ce programme, soutenu financièrement par l’Allemagne (GIZ), la France (AFD) et le Fonds vert pour le climat, illustre la voie que souhaite emprunter la Tunisie.
Transparence et crédibilité : les clés pour attirer les investisseurs
Le chef de l’ANME a insisté sur un prérequis indispensable pour séduire les bailleurs de fonds : la mise en place d’un système MRV robuste (Mesurage, Rapport et Vérification). « Garantir la transparence et l’efficacité des actions grâce au MRV est essentiel pour crédibiliser nos projets auprès des partenaires internationaux », a-t-il expliqué. Il a également appelé à une mobilisation accrue autour des financements carbone émergents, susceptibles de stimuler les investissements publics et privés.
Une concrétisation sur le terrain dès 2025
Les ambitions du PEEB COOL commencent déjà à se matérialiser. Un protocole d’accord signé entre l’ANME et la GIZ en septembre 2025 a donné le coup d’envoi des premières rénovations écologiques dans le secteur public. Hôpitaux, écoles, universités et administrations sont concernés en priorité.
Le plan d’action, qui s’étendra jusqu’en 2028, prévoit un investissement global de 200 millions d’euros. Il combine des mesures immédiates, comme le remplacement de 2,5 millions de points d’éclairage par des LED, à des transformations plus structurelles : installation de panneaux photovoltaïques et nomination de responsables énergie dans des milliers d’établissements publics.
Une stratégie nationale aux bénéfices multiples
Au-delà de l’aspect technique, ce programme s’inscrit dans une stratégie nationale plus large. L’objectif est d’alléger significativement la facture énergétique de l’État et renforcer la résilience climatique des infrastructures face aux vagues de chaleur de plus en plus fréquentes.
Les retombées attendues sont significatives. Le PEEB COOL table sur une réduction de la consommation d’énergie de l’ordre de 40% pour les bâtiments rénovés et de 20% pour les nouvelles constructions.
Présente à cette COP30, qualifiée de « COP de la mise en œuvre », la délégation tunisienne y défend ainsi une vision pragmatique, où la transition énergétique des bâtiments devient un axe central de sa politique climatique et de son développement économique.

