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La filière dattes entre record et recul

Selon les projections du ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, la campagne 2025-2026 pourrait figurer parmi les plus réussies de la dernière décennie. Les prévisions annoncent non seulement des volumes élevés, mais aussi une qualité exceptionnelle. Cette performance illustre la résilience d’une filière séculaire qui allie avec succès traditions ancestrales et pratiques modernes.

Une croissance structurelle

Cette progression n’est pas le fruit du hasard. Elle découle d’une conjonction favorable entre conditions climatiques et expertise technique accumulée, couplée à l’entrée en production de nouvelles plantations. Le gouvernorat de Tozeur, épicentre de la production, table ainsi sur une récolte dépassant 60 000 tonnes, en nette augmentation par rapport à l’exercice précédent.

La récolte a d’ailleurs débuté plus tôt cette année, dès fin septembre, grâce à un taux de maturation avancé. La qualité est jugée excellente, notamment en raison de la rareté des attaques parasitaires et de l’utilisation croissante de filets de protection, couvrant cette saison près de 60% des régimes.

Soutenir les producteurs, conquérir les marchés

Face à ces perspectives, les autorités ont intensifié leurs programmes d’accompagnement. Ceux-ci ciblent la lutte contre les parasites, la distribution d’équipements de protection, ainsi que l’optimisation des circuits de commercialisation à l’export. L’objectif est clair : consolider le leadership mondial de la Tunisie sur le marché de la datte, notamment pour sa variété phare, la « Deglet Nour ». Pourtant, cette dynamique de production contraste avec des signaux commerciaux mitigés.

Un contexte à l’export plus difficile

Sur les onze premiers mois de la campagne 2024-2025, les exportations tunisiennes de dattes ont enregistré un recul de 6% en volume et de 3,8% en valeur, selon l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri). Même le segment porteur du bio n’a pas été épargné, avec une chute de 20,6% de sa valeur à l’export.

Cette tendance s’explique par une concurrence internationale accrue, des exigences consommateurs plus strictes en matière de traçabilité et de qualité, ainsi qu’un contexte économique mondial morose.

Une feuille de route pour l’avenir

Consciente de ces défis, la filière travaille à une transformation structurelle. Une feuille de route régionale, en cohérence avec le plan national 2026-2030, est en cours d’élaboration. Elle s’articule autour de plusieurs axes : réduire les coûts de production via la mécanisation et l’optimisation des techniques comme la pollinisation assistée, garantir la durabilité en promouvant une irrigation économe et en luttant contre la désertification, améliorer la compétitivité en rehaussant les standards de qualité, en réduisant l’empreinte carbone et en modernisant le conditionnement.

Pilier de l’économie agricole du sud, générant des dizaines de milliers d’emplois, la filière des dattes tunisienne se trouve à un tournant. Son défi pour les années à venir : transformer une production record en valeur ajoutée durable, tant sur le plan économique qu’environnemental, pour préserver l’équilibre fragile des oasis et maintenir sa place sur la scène mondiale.

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