Economie

Investissements industriels : léger fléchissement en 2025

L’exercice 2025 a enregistré une contraction modérée de l’effort d’investissement déclaré dans le secteur industriel tunisien. Selon les dernières données publiées par l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII), le volume global des capitaux engagés a atteint 2 484,3 millions de dinars (MD), soit un repli de 2,12 % par rapport à 2024. Cette évolution traduit une certaine prudence des opérateurs dans un contexte économique encore incertain.

Malgré cette légère érosion, le tissu industriel a vu émerger 3 909 nouveaux projets déclarés sur l’année. Leur mise en œuvre progressive devrait générer 37 329 postes d’emploi, confirmant le rôle structurant du secteur dans l’absorption du chômage.

Polarisation des flux d’investissement

L’analyse sectorielle fait ressortir des trajectoires contrastées. Si l’enveloppe globale s’est contractée, plusieurs branches affichent des dynamiques haussières notables. Les industries agroalimentaires enregistrent une progression de 8,4 %, tandis que les industries mécaniques et électriques bondissent de 13,2 %. Plus spectaculaire encore, le secteur des matériaux de construction, céramique et verre s’adjuge une hausse de 21,4 %, et celui du cuir et de la chaussure explose littéralement avec un taux de croissance de 167,1 %.

Ces performances sectorielles contrastent avec le repli global et suggèrent une réallocation des capitaux vers des filières perçues comme plus compétitives ou mieux intégrées dans les chaînes de valeur régionales et internationales.

Poids prépondérant des projets de mise à niveau

La ventilation fonctionnelle des investissements déclarés révèle une prédominance des opérations de modernisation. Sur les 2 484,3 MD engagés, 1 439,9 MD (soit 58 % du total) sont destinés à des extensions, des renouvellements d’équipements ou des programmes de mise à niveau technologique. À l’opposé, les investissements de création pure représentent 1 044,4 MD, soit 42 % du volume global. Cette structure traduit une logique de consolidation du capital productif existant plutôt que d’extension extensive du parc industriel.

Découplage entre performances à l’export et repli domestique

L’orientation des flux fait également apparaître un net découplage. Les industries totalement exportatrices ont vu leurs investissements déclarés progresser de 13,7 %, passant de 470 MD en 2024 à 534,5 MD en 2025. À l’inverse, les unités tournées vers le marché local accusent un repli de 5,7 %, avec un total de 1 949,8 MD. Ce contraste confirme la sensibilité accrue du tissu industriel non exportateur aux tensions sur la demande intérieure et aux contraintes d’accès au financement.

Recul marqué de l’investissement étranger

L’année 2025 se singularise également par une nette décélération de l’appétit des investisseurs étrangers. Le nombre de projets à participation étrangère déclarés s’établit à 397, contre des niveaux plus élevés l’année précédente. Sur cet ensemble, 244 projets sont à capitaux 100 % étrangers et 153 relèvent de montages en partenariat.

La valeur globale de ces engagements étrangers chute de 28,9 %, pour s’établir à 436,5 MD, contre 614,1 MD en 2024. Plus préoccupant encore, le potentiel d’emploi lié à ces projets s’effondre de 46,6 %, avec seulement 10 002 postes attendus, contre 18 724 un an plus tôt. Cette dégradation interroge sur l’attractivité relative de la destination Tunisie dans un environnement concurrentiel renforcé et sur l’efficacité des mécanismes d’incitation aux investissements directs étrangers.

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