Face à l’érosion accélérée, l’heure du recul stratégique a sonné !
Alors que les vagues viennent lécher des littoraux toujours plus vulnérables, une réalité géophysique implacable redessine silencieusement nos côtes. L’élévation mondiale du niveau de la mer, catalyseur principal de l’érosion et de la submersion, n’est plus une projection lointaine mais un phénomène mesurable, accéléré, aux conséquences déjà palpables de la Bretagne au Pacifique.
Le moteur incontesté : une mer qui gonfle
Les chiffres, issus des satellites et des marégraphes, sont sans appel. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, 2023), le niveau moyen global de la mer a augmenté de 20 cm entre 1901 et 2018. Mais le rythme s’emballe : il monte désormais à la vitesse vertigineuse de 3,7 mm par an sur la période 2006-2018, contre 1,3 mm/an au siècle dernier. Cette accélération est directement liée au réchauffement climatique d’origine humaine, qui opère via deux mécanismes principaux : la dilatation thermique des océans (l’eau chaude prend plus de place) et la fonte accélérée des calottes glaciaires, notamment du Groenland et de l’Antarctique. Les projections pour l’avenir dépendent de nos émissions de gaz à effet de serre. Dans un scénario d’émissions modérées (SSP2-4.5), le GIEC estime une élévation probable de 44 à 76 cm d’ici 2100. Dans le pire scénario (SSP5-8.5), cette fourchette grimpe à 63 cm à 1,01 mètre. Et le phénomène se poursuivra bien au-delà de 2100, engagé pour des siècles.
De la hausse globale à l’érosion locale : un impact amplifié
Plus qu’une simple mesure linéaire, cette hausse du niveau marin opère comme un multiplicateur de menaces silencieuses, amplifiant chaque coup de boutoir de l’océan. Elle est la « vague de fond » qui redessine inexorablement nos littoraux : en élevant le point d’impact des vagues, elle accélère le recul des côtes, avec des pertes de terrain dépassant parfois 3 mètres par an sur des plages françaises comme à Soulac-sur-Mer. Elle transforme des projections globales en tragédies locales, condamnant déjà à des inondations quasi-permanentes des archipels entiers du Pacifique. Enfin, elle exacerbe la violence des tempêtes ; une étude parue dans Nature Climate Change révèle que la hausse du niveau marin a quintuplé la fréquence des submersions extrêmes dans le monde depuis les années 1960, rendant les « centennales » dévastatrices de plus en plus banales.
Des territoires en première ligne
La menace, pourtant globale, frappe avec une dureté profondément inégale. En première ligne, les petits États insulaires, comme Tuvalu ou les Maldives, voient leur existence même sommée de se justifier devant la marée montante. Les grands deltas du monde, du Gange-Brahmapoutre au Mékong, où se concentrent des centaines de millions d’habitants, cumulent le double fléau de la montée des eaux et de l’affaissement naturel des sols. Les côtes basses et sableuses, de la Nouvelle-Aquitaine à la Floride, sont grignotées mètre par mètre. Les mégapoles côtières, de Tokyo à Lagos en passant par New York, font face à un péril économique colossal, la Banque mondiale évalue à 1 000 milliards de dollars par an d’ici 2050 le coût potentiel des dégâts liés aux inondations côtières, si rien n’est fait pour les protéger. L’océan ne noie pas seulement des terres, il expose les failles géographiques et sociales de notre monde.
Face à la menace : adaptation ou repli ?
Face à une mer inexorablement conquérante, l’humanité doit composer. La science le confirme : il est désormais impossible d’enrayer la montée des eaux à court terme. L’urgence est donc double, attaquer la racine du mal en réduisant radicalement nos émissions pour contenir le phénomène sur le siècle à venir, tout en accélérant, dans un même mouvement, une adaptation devenue vitale. Les territoires côtiers explorent ainsi une gamme d’options, du durcissement, solutions coûteuses et parfois fragiles à l’innovation, via l’architecture sur pilotis ou l’évolution des activités. Mais la stratégie la plus douloureuse et pourtant de plus en plus assumée est celle du recul : le « repli stratégique », comme en témoigne la politique française de « renouvellement du trait de côte », qui planifie déjà la relocalisation des biens et des populations.
Face à la méditerranée qui avance, l’heure des choix a sonné ! L’érosion côtière, amplifiée par la montée inexorable des eaux, n’est plus un imprévu naturel mais le symptôme tangible d’une transformation planétaire. Elle pose une question cruciale à nos sociétés : jusqu’où pouvons-nous, et devons-nous, nous battre contre la mer, et à quel coût financier, social et écologique ? Les données scientifiques, implacables, ne laissent plus de place au doute ni à l’atermoiement.
Cet article a été produit dans le cadre d’un atelier organisé par Africa 21 et ses partenaires sur la Méditerranée et l’Objectif de développement durable n°14 de l’ONU 10, 11 et 12 décembre 2025 à Tunis, dans le cadre d’étudier l’état des lieux de la mise en œuvre de l’ODD 14 dans cette région, ainsi que l’impact concernant les résultats de l’UNOC 3.

