Economie

Crédits bancaires : le grand ralentissement tunisien

Entre 2020 et 2024, l’encours total des concours bancaires à l’économie tunisienne est passé de 98,8 à 118,6 milliards de dinars. Une progression en apparence continue, mais dont le rythme trahit un infléchissement significatif à compter de 2023. Derrière la relative stabilité de la répartition entre crédits aux entreprises et aux ménages, c’est bien une logique de rationnement du crédit qui semble désormais à l’œuvre.

Un prudent désengagement du secteur bancaire

Le segment des entreprises et des professionnels, qui constitue l’ossature du financement intermédié, enregistre un net décrochage depuis deux ans. Ce ralentissement traduit une aversion accrue au risque de la part des banques, tiraillées entre la détérioration des bilans des opérateurs publics et privés et un environnement macroéconomique dégradé. La confiance dans le cycle vertueux du crédit s’effrite.

Côté particuliers, la progression demeure certes régulière, mais à bas régime : entre 2 % et 4 % par an. Une croissance modeste qui reflète à la fois le durcissement des conditions d’octroi et l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. L’effet combiné du resserrement monétaire et du renchérissement du coût du financement pèse désormais sur la demande solvable.

Un découplage préoccupant entre crédit et PIB marchand

L’analyse des corrélations macroéconomiques révèle une anomalie structurelle. En théorie, le crédit à l’économie devrait croître à un rythme légèrement supérieur à celui du PIB marchand pour soutenir l’investissement et la valeur ajoutée productive. Or, depuis 2019 à l’exception du contre-choc de 2020 , l’évolution des encours bancaires est systématiquement inférieure à celle du PIB nominal marchand.

Cette divergence persistante présente tous les traits d’un credit crunch : les banques restreignent l’offre de crédit y compris lorsque la demande potentielle est maintenue. Le phénomène n’est plus conjoncturel, il tend à s’ancrer dans les pratiques.

Des contraintes par les dépôts et une dépense publique rigide

La sous-performance des activités marchandes, qui représentent 70 % du PIB total, limite la création de richesses et, par ricochet, la formation de l’épargne. Les dépôts bancaires progressent moins vite, réduisant d’autant la capacité de transformation du secteur financier. Pendant ce temps, les activités non marchandes continuent de gonfler sous l’effet d’une masse salariale publique difficilement compressible — +6,2 % en 2020, encore +5,2 % en 2024.

À partir de 2023, ce modèle à deux vitesses montre ses limites. La contraction des marges de manœuvre budgétaires et l’inflation persistante grippent les moteurs de la croissance nominale. Dans ce contexte, la frilosité des banques pourrait bien devenir un facteur autoentretenu de stagnation.

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