Bizerte : entre l’or bleu du crabe et le vert menacé de la posidonie (Vidéo)
Sous le soleil de la Tunisie, des barques colorées se tiennent alignées le long du vieux port de Bizerte. Située à l’extrême nord du pays, cette cité portuaire déploie une architecture aux teintes éclatantes, composant un tableau fascinant entre ciel et mer.
Le vieux port de Bizerte bat au rythme d’une pêche artisanale préservée, menée depuis des barques traditionnelles. Une activité qui fournit une diversité de produits de la mer, comme l’a expliqué Mme Rym Ennouri, enseignante-chercheuse à l’Institut supérieur des sciences de la mer de Bizerte.
« La pêche côtière ici nous livre des daurades, du pageot, des calamars, d’autres céphalopodes, et également le crabe bleu », a détaillé la spécialiste. Ces captures reflètent la richesse du patrimoine halieutique local, entre espèces emblématiques de Méditerranée et arrivées plus récentes comme le crabe bleu.
Le crabe bleu, espèce invasive historiquement introduite en Méditerranée via les eaux de ballast il y a plus de 70 ans, est aujourd’hui devenu une source de revenus pour les pêcheurs. Si son arrivée est accidentelle et d’origine humaine, sa prolifération massive est désormais amplifiée par le changement climatique, dont les hivers plus doux et les eaux plus chaudes favorisent sa reproduction et son expansion.
Considéré initialement comme un fléau ravageant les filets et les écosystèmes, ce prédateur a été habilement intégré dans une filière économique par les pêcheurs. Organisés en coopératives et soutenus par des aides à l’équipement, ils le capturent, le valorisent et le commercialisent à prix élevé, grâce à sa chair prisée sous forme de produits frais, transformés ou exportés.
Cette stratégie permet ainsi de transformer une calamité écologique en une ressource lucrative, tout en contribuant à réguler sa population.
Les herbiers de posidonie, trésors méconnus de la Méditerranée face à une menace invasive
Du vieux port de Bizerte jusqu’à la Corniche, un trésor vert et vivant œuvre en silence sous les flots : la posidonie. Endémique de la Méditerranée, cette plante marine, aux allures d’algue, joue un rôle écologique aussi essentiel que méconnu.
« La posidonie est bien plus qu’une simple plante aquatique. C’est un puissant poumon bleu et un bouclier côtier », a expliqué Mme Rym Ennouri, enseignante-chercheuse à l’Institut supérieur des sciences de la mer de Bizerte. Véritable machine à stocker le CO₂, elle absorbe le carbone atmosphérique et libère de l’oxygène, contribuant ainsi activement à lutter contre le réchauffement climatique. Mais ses bienfaits ne s’arrêtent pas là. En fixant les sédiments, la posidonie stabilise les fonds marins et constitue une barrière naturelle contre l’érosion côtière, protégeant nos rivages de la force destructrice des vagues.
Pourtant, cet écosystème précieux est aujourd’hui menacé par un envahisseur venu d’ailleurs : la caulerpa taxifolia. Cette algue verte, d’apparence inoffensive, est en réalité une espèce invasive qui colonise les fonds marins à grande vitesse. En formant un épais tapis, elle étouffe progressivement les herbiers de posidonie, privant ainsi la faune marine de son habitat et affaiblissant la protection naturelle des côtes.
Le vieux port de Bizerte résonne toujours du clapotis des barques traditionnelles. Ici, la pêche côtière perpétue un patrimoine vivant, rapportant une diversité de produits qui raconte l’histoire écologique de la Méditerranée. « Les pêcheurs débarquent des daurades, du pageot, des calamars, mais aussi, de plus en plus, le crabe bleu », a expliqué Mme Rym Ennouri, enseignante-chercheuse à l’Institut supérieur des sciences de la mer de Bizerte.
Ce crabe bleu, arrivé accidentellement il y a plus de 70 ans, est l’exemple même d’une espèce invasive dont l’impact a été habilement retourné. Sa prolifération, accentuée par les eaux plus chaudes liées au changement climatique, est passée du statut de fléau ravageant filets et écosystèmes à celui de ressource économique. Organisés en coopératives et soutenus par des aides à l’équipement, les pêcheurs ont développé une filière dynamique de capture, de transformation et d’exportation pour ce crustacé à la chair prisée. Une calamité écologique s’est ainsi muée en or bleu, offrant des revenus complémentaires tout en participant à réguler sa population.
La posidonie, poumon et bouclier menacé
Pourtant, à quelques encablures du port, un autre drame écologique, moins visible mais tout aussi crucial, se joue sous la surface. S’étendant du vieux port jusqu’à la Corniche, les herbiers de posidonie cette plante marine endémique constituent l’un des trésors les plus précieux et les plus méconnus de la Méditerranée.
« La posidonie est bien plus qu’une simple plante. C’est un puissant poumon bleu et un bouclier côtier », a souligné Mme Ennouri. Véritable « machine à climat », elle capture et stocke d’énormes quantités de CO₂, libérant de l’oxygène et luttant contre le réchauffement climatique. Sous l’eau, ses racines fixent les sédiments, stabilisant les fonds marins et formant une digue vivante qui protège naturellement le littoral de l’érosion.
Mais ce bouclier vert est en péril. Il affronte un envahisseur sournois : la caulerpa taxifolia. Cette algue verte, d’apparence délicate, étend ses stolons à grande vitesse, formant un tapis dense qui étouffe progressivement les herbiers de posidonie. Cette invasion prive la faune marine de nurseries et d’habitats essentiels, et fragilise à terme la protection naturelle des côtes.
Entre adaptation et extinction : le dilemme marin de Bizerte
Le contraste est frappant. D’un côté, le crabe bleu, invasif, est maîtrisé par l’ingéniosité économique. De l’autre, la caulerpa, invasive, progresse silencieusement, menaçant un écosystème fondateur. Ces deux récits illustrent la complexité de la gestion du milieu marin, tiraillée entre adaptation économique et urgence de conservation.
À Bizerte, il y a plusieurs réalités parmi lesquelles, deux réalités s’imposent. La première est la résilience des populations face aux crises écologiques. La seconde, plus alarmante, est l’extrême vulnérabilité d’écosystèmes uniques comme la posidonie. Sans une vigilance accrue des scientifiques et des décideurs, le tapis invasif de la caulerpa pourrait bien sceller, pour toujours, le sort des prairies sous-marines méditerranéennes.
Cet atelier est organisé par Africa 21 et ses partenaires sur la Méditerranée Et l’Objectif de développement durable n°14 de l’ONU 10, 11 et 12 décembre 2025 à Tunis, dans le cadre d’étudier l’état des lieux de la mise en œuvre de l’ODD 14 dans cette région, ainsi que l’impact concernant les résultats de l’UNOC 3.

