Economie

BCT : les fondamentaux solides du bancaire tunisien malgré un contexte hostile

Pour la cinquième année consécutive, la Banque centrale de Tunisie (BCT) a reconduit en 2024 sa stratégie de vigilance, encadrant strictement la distribution des dividendes et durcissant les règles de provisionnement. Cette orientation, confirmée par le gouverneur Fathi Zouhaier Nouri lors de la présentation du « Rapport annuel sur la supervision bancaire 2024 », a porté ses fruits en consolidant la résilience du secteur.

Des coussins de sécurité solides

Les résultats parlent d’eux-mêmes. Le secteur affiche des ratios de solidité financière robustes, avec un ratio de couverture de liquidité (LCR) moyen impressionnant de 223,3 %. La solvabilité n’est pas en reste, avec un ratio global de 14,4 % et un ratio Tier 1 – qui mesure la capacité des banques à absorber les pertes – s’établissant à 11,7 %. Selon M. Nouri, ces performances offrent au système bancaire une marge de sécurité confortable, dépassant les 4 points de pourcentage, pour faire face à d’éventuels chocs économiques.

Cette santé financière a été préservée malgré un environnement international difficile, marqué par une conjoncture volatile, une recrudescence du protectionnisme et des tensions géopolitiques persistantes.

Des vulnérabilités persistantes sous surveillance

Cependant, la BCT ne relâche pas sa vigilance. L’institut d’émission pointe du doigt plusieurs « sources de vulnérabilités » qui continuent de peser sur la stabilité. Parmi les préoccupations majeures figurent la faible croissance économique, un ralentissement « sans précédent » de l’activité de crédit – notamment dû au repli de l’investissement privé – et une exposition accrue des banques aux entreprises publiques en difficulté.

Le risque de crédit est également monté en puissance. La part des créances douteuses a progressé de 200 points de base sur les deux dernières années, pour atteindre 14,5 % fin 2024, reflétant les difficultés financières que traversent les entreprises privées, et particulièrement les PME.

Un agenda de réformes ambitieux pour 2025

Face à ces défis, la Banque centrale affirme son engagement à poursuivre les mesures préventives. Elle a officiellement lancé en avril 2025 une large consultation auprès du secteur et des parties prenantes sur un vaste programme de réformes. Ce chantier couvrira les normes de fonds propres, les règles de classification et de couverture des risques, ainsi qu’un guide d’application de la norme IFRS 9.

Parallèlement, la BCT renforce son arsenal contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, en conformité avec les standards internationaux du GAFI. Une nouvelle procédure de surveillance, fondée sur une approche risk-based, a été formalisée. Enfin, l’institution entend intégrer les dimensions environnementale et sociale dans la gouvernance des risques et le financement de l’économie, marquant sa volonté d’aligner le secteur bancaire tunisien sur les meilleures pratiques.

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