Le Maghreb va-t-il redevenir une périphérie énergétique ?
Une analyse récente du Carnegie Endowment for International Peace met en garde contre une possible reproduction, dans le domaine des énergies renouvelables au Maghreb, des schémas historiques d’exploitation des ressources locales au seul bénéfice du continent européen.
Alors que l’urgence climatique et la recomposition des marchés énergétiques mondiaux accélèrent les transitions, la région maghrébine apparaît, sur le papier, comme un terrain stratégique. Dotée d’un fort potentiel solaire et éolien, et bénéficiant de sa proximité géographique avec l’Europe, elle attire de nombreux projets d’énergie verte destinés en partie à l’export, notamment via des interconnexions électriques ou la production d’hydrogène vert.
Pourtant, l’étude du Carnegie Endowment souligne une ambivalence profète. Ces dynamiques portent en elles des promesses de croissance et d’investissement, mais elles s’accompagnent d’un risque réel : celui de voir émerger un nouveau modèle d’externalisation, où les infrastructures sont principalement structurées autour de financements et d’intérêts externes, sans bénéfice équitable pour les économies locales.
L’analyse popte plusieurs fragilités structurelles, communes aux pays du Maghreb : une gouvernance inégale, une forte dépendance aux capitaux étrangers, la faiblesse des chaînes de valeur industrielles locales, et l’absence de stratégies intégrées. Autant de limites qui réduisent la capacité de la région à faire de cette transition un véritable levier de développement durable.
L’étude alerte également sur les risques sociaux et territoriaux, notamment en matière d’accès aux ressources, de redistribution des revenus et d’acceptabilité locale. La question centrale posée est la suivante : assiste-t-on à une véritable transition verte vectrice de progrès partagé, ou à une nouvelle forme de dépendance énergétique déguisée ?
Dans ce paysage contrasté, la Tunisie apparaît, selon les auteurs, comme particulièrement vulnérable. Moins avancée que ses voisins et toujours en proie à une crise économique persistante, ses marges de manœuvre pour négocier des partenariats équilibrés sont limitées. Le pays risque, selon la note, d’être intégré de manière passive dans ces grands projets, en simple fournisseur d’énergie verte, sans réelle création de valeur locale ni développement industriel à la clé.

