6,3 Mtep : le gouffre qui sépare la Tunisie de son indépendance énergétique
La Tunisie a vu sa dépendance énergétique se renforcer considérablement en 2025. Selon le dernier bilan de l’Observatoire national de l’énergie et des mines (ONEM), le déficit des ressources primaires a bondi de 18 % pour atteindre 6,3 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), redevance comprise.
Cette aggravation du déséquilibre entre production et consommation se traduit mécaniquement par une chute du taux d’indépendance énergétique. Ce ratio, qui mesure la capacité du pays à couvrir ses besoins par sa propre production, s’est établi à 35 % en 2025, contre 41 % un an plus tôt. L’ONEM précise que si l’on ne tenait pas compte de la redevance sur le transit du gaz algérien, ce taux tomberait même à 27 %, contre 31 % en 2024.
Des ressources en berne face à une demande en hausse
L’embellie des ressources primaires, qui plafonnent à 3,4 Mtep, cache mal leur érosion continue. L’Observatoire enregistre une baisse de 10 % sur un an, principalement imputable au recul de l’extraction nationale d’hydrocarbures. Le pétrole brut et le gaz naturel dominent toujours très largement le mix avec 69 % des ressources totales.
À l’opposé, la part des énergies renouvelables dans la production nationale (intégrant la production de la STEG, les opérateurs privés et l’autoproduction) demeure confidentielle, ne représentant que 3 % du total des ressources primaires.
Une demande en pleine mutation
Paradoxalement, alors que la production nationale s’effrite, la soif d’énergie du pays ne faiblit pas. La demande d’énergie primaire a grimpé de 7 % en 2025. Cette hausse est tirée par le gaz naturel (+10 %) et, dans une moindre mesure, par les produits pétroliers (+3 %).
Cette évolution des besoins a entraîné un rééquilibrage dans la structure de la demande nationale. Pour la première fois, la part du gaz naturel (50 %) talonne désormais celle des produits pétroliers (49 %), qui était encore majoritaire l’année précédente. L’ONEM note également une progression notable de la production d’électricité verte, en hausse de 13 %, bien que son poids dans le bilan global reste pour l’heure modeste.
Par ailleurs, les recettes liées au transit du gaz algérien, un poste important pour les ressources nationales, ont accusé un repli de 13 % par rapport à 2024.

