Investissements industriels 2025 : Quels sont les gouvernorats qui ont tout raflé ?
Selon le dernier bilan de l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (APII), l’année 2025 a été marquée par une évolution contrastée du climat d’investissement dans le secteur industriel tunisien. Si le volume global des capitaux engagés accuse une légère contraction, le tissu économique fait preuve d’une résilience notable en termes de création d’entreprises.
Une intensité capitalistique en repli
L’enveloppe des investissements déclarés s’est établie à 2 484,3 millions de dinars (MD) en 2025, contre 2 538,5 MD l’année précédente. Cette légère érosion du stock de capital investi (-2,1%) intervient dans un contexte de hausse significative du nombre de projets. On dénombre en effet 3 909 initiatives industrielles déclarées sur la période, soit une augmentation de 17% par rapport à 2024 (3 340 projets). Cette dilution du capital moyen par projet suggère une orientation vers des unités de production de plus petite taille ou à plus faible intensité capitalistique.
Découplage entre la création d’entreprises et l’emploi
Paradoxalement, cette effervescence en termes de nombre de projets ne s’est pas traduite par une hausse proportionnelle des capacités de recrutement. Les déclarations d’investissements anticipent la création de 37 329 postes d’emploi, soit une baisse de 16,7% par rapport aux 44 826 emplois projetés en 2024. Ce découplage interroge sur la nature des projets : nous assistons probablement à une montée en puissance d’investissements de productivité ou à des unités à plus faible valeur ajoutée en main-d’œuvre.
Le Grand Tunis en pole position, l’intérieur en phase de rattrapage
L’analyse spatiale des flux d’investissement fait ressortir une recomposition des polarités industrielles.

Dynamique des zones côtières : Le Centre-Est (Sfax, Monastir, Nabeul) conserve son statut de premier pôle industriel du pays en volume. Sfax reste en tête du classement avec 499 projets, bien que sa progression soit modérée (+6,4%). Le gouvernorat de Monastir confirme son rôle de hub avec 417 projets et une croissance robuste de 25,6%. À l’inverse, on observe un essoufflement sur l’axe Sousse, qui enregistre un léger tassement de 2%, et un recul marqué à Kairouan, qui subit la plus forte contraction du pays (-33,7%).
Explosion de l’attractivité du Grand Tunis : La région capitale confirme son rôle de locomotive avec des hausses spectaculaires. Tunis (327 projets, +33,5%), Ben Arous (298, +32,4%) et l’Ariana (280, +32,7%) captent une part croissante des flux. Cette concentration s’explique probablement par la recherche de proximité avec les services, les infrastructures et les bassins de consommation. La Manouba se distingue particulièrement avec une croissance de 49,4%, signe d’une diffusion de l’activité vers la première couronne.
Amorçage d’un rééquilibrage régional : L’indicateur le plus significatif de cette année 2025 réside dans les performances des régions de l’intérieur. On observe un véritable effet de rattrapage sur des zones traditionnellement moins industrialisées. Tataouine affiche une progression fulgurante de 72,2%, suivi de Tozeur (+52,7%) et de Sidi Bouzid (+41,1%). Cette embellie, bien que partant de bases étroites, marque une inflexion positive dans la lutte contre les disparités territoriales.
En conclusion, l’exercice 2025 dessine le portrait d’une industrie tunisienne en mutation. Si les disparités persistent avec des reculs inquiétants à Kairouan (-33,7%), Le Kef (-17,6%) ou Zaghouan (-5,7%) , la vigueur du Grand Tunis et les signaux positifs émanant de l’intérieur du pays laissent entrevoir une reconfiguration des cartes de l’investissement industriel.

