Economie

La Banque mondiale: 3,6% de croissance en MENA, malgré les tensions

Dans son édition 2026 des Perspectives économiques mondiales (PEM) publiée mardi, la Banque mondiale dresse un tableau contrasté de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), Afganistan et Pakistan inclus. Si l’institution anticipe un renforcement de la croissance, passant de 3,6% en 2026 à 3,9% en 2027, cette trajectoire positive demeure suspendue à une actualité géopolitique volatile et à des fragilités humanitaires aiguës.

Une reprise portée par l’énergie et le secteur privé

Le rebond économique régional s’explique principalement par deux moteurs distincts. D’un côté, les exportateurs d’hydrocarbures, notamment les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), bénéficient d’une production pétrolière robuste et d’une expansion vigoureuse de leur secteur non pétrolier. De l’autre, plusieurs pays importateurs de pétrole tirent leur épingle du jeu grâce à la vitalité de leur économie privée. L’Égypte profite ainsi d’un assouplissement des contrôles sur les changes et les importations, tandis qu’une relative stabilisation politique redonne un souffle à la consommation au Liban.

Le secteur agricole connaît également un regain dans le Maghreb, porté par des conditions climatiques favorables au Maroc et en Tunisie. Au Pakistan, l’activité industrielle affiche une résilience notable, compensant en partie les dommages causés par des inondations sur les cultures.

Des fractures régionales et des vulnérabilités critiques

Cette tendance globale masque d’importantes disparités. La Banque mondiale distingue clairement trois groupes : Les économies du CCG caracolent en tête, avec une croissance attendue à 4,4% en 2026, puis 4,6% en 2027, les pays exportateurs de pétole non-membres du CCG progressent à un rythme plus modeste, autour de 2% annuels, entravés par des restrictions commerciales et un soutien budgétaire en retrait, les pays importateurs de pétrole affichent une croissance moyenne de 4%, avec des performances variables attendues entre l’Égypte, le Pakistan, le Maroc et la Tunisie.

En marge de ces trajectoires, plusieurs pays ou territoires en situation de fragilité extrême ou de conflit font face à un avenir incertain. Les besoins humanitaires restent critiques à Gaza, où l’insécurité alimentaire perdure. Au Yémen, la réduction de l’aide internationale érode les systèmes de santé. L’Afghanistan, déjà aux prises avec une précarité endémique, subit encore les conséquences des retours massifs de population et du séisme d’août 2025. Pour la Cisjordanie, Gaza et le Liban, toute reprise significative reste conditionnée à l’avancée de réformes structurelles ou, dans le cas de Gaza, au lancement effectif d’un processus de reconstruction.

Un horizon semé de risques et d’opportunités

Le rapport souligne une palette de risques susceptibles d’infléchir ces prévisions. Une résurgence des tensions géopolitiques ou des troubles sociaux, un resserrement des conditions financières mondiales, une chute des cours du pétrole ou la survenue de catastrophes naturelles constituent les principales menaces.

En contrepoint, l’institution identifie également des leviers de croissance potentielle. Des gains de productivité liés aux nouvelles technologies et, surtout, une accélération des réformes structurelles pourraient permettre à la région de dépasser les attentes.

La région MENA démontre une certaine résilience, portée par la manne pétrolière, l’investissement privé et le redressement de secteurs clés comme l’agriculture. Cependant, cette embellie conjoncturelle ne doit pas occulter l’urgence des situations humanitaires et la nécessité d’une coopération internationale soutenue pour consolider une reprise qui reste, à ce stade, inégalement partagée.

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