Economie

Comment effacer 1,057 milliard de dette agricole sans couler les banques ?

La dette agricole tunisienne atteint désormais un niveau critique : 1 057 millions de dinars. Ce chiffre, présenté lors d’une récente journée d’étude à l’Acadé­mie parlementaire, révèle l’urgence d’une réponse structurelle pour un secteur en difficulté. Sous la présidence de Brahim Bouderbala, à la tête de l’Assemblée, et d’Abdeljalil Hani, président de la commission des finances, parlementaires et représentants des ministères de l’Agriculture et des Finances ont examiné une proposition de loi visant à régulariser ces créances.

Lors des échanges, Sofiene Bennour, cadre de la Banque Centrale, a apporté un éclairage nuancé. Derrière le montant global se cachent des situations très contrastées : 57 % des professionnels ont des arriérés inférieurs ou égaux à 10 000 dinars. À l’opposé, seulement 12 acteurs sont porteurs de dettes individuelles dépassant chacune les 50 millions de dinars.

Le système bancaire public reste le plus exposé. La Banque Nationale Agricole (BNA) concentre à elle seule 75 % de ces créances, soulignant son rôle central dans le financement du secteur, mais aussi sa fragilité face à un endettement plus lourd et plus structurel que dans d’autres professions.

Cette initiative législative n’est pas une première. Comme l’a rappelé M. Bennour, l’État est déjà intervenu à plusieurs reprises au cours de la dernière décennie : en 2015, avec l’effacement automatique des dettes inférieures à 3 000 dinars (bénéficiant à 54 000 agriculteurs), puis en 2017 avec une exonération pour les créances en dessous de 5 000 dinars.

Aujourd’hui, alors que la dette dépasse de nouveau le milliard de dinars, le défi du nouveau texte sera de concilier deux impératifs : soulager durablement les petits exploitants sans ébranler davantage la solidité du système bancaire national. Les discussions parlementaires à venir devront trouver cet équilibre délicat, entre justice sociale et stabilité économique.

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